Youtube Livres
Sénèque : approche rapide
Lettre 1 à Lucilius, version exclusive Ternoise 2017
A Lire... Avant de quitter seneque.info

LETTRE VI Sénèque : De la véritable amitié, exigeante, et du meilleur moyen de partager les progrès vers la sagesse (avec commentaires)

Ancienne version : La véritable amitié... pas seulement s'amender mais se transformer.



Sénèque
page 1
le regard de seneque selon tableau Rubens
Forum
le regard de seneque selon tableau Rubens
Biographie
le regard de seneque selon tableau Rubens
Lettres à Lucilius
le regard de seneque selon tableau Rubens
Théâtre
le regard de seneque selon tableau Rubens
Autres Oeuvres
le regard de seneque selon tableau Rubens
citations essentielles
le regard de seneque selon tableau Rubens
Les livres
le regard de seneque selon tableau Rubens
Héritiers de Seneque
le regard de seneque selon tableau Rubens
Plan du site
le regard de seneque selon tableau Rubens
Contact
Version 2018... réécriture exclusive de Ternoise... en vidéo...
Accès et abonnement GRATUIT à la chaîne youtube

LETTRE VI : De la véritable amitié, exigeante, et du meilleur moyen de partager les progrès vers la sagesse

(avec commentaires : Socrate était mort depuis 15 ans quand naissait Aristote)

Je le sens bien, Lucien, non seulement je m'améliore, mais je me transforme ! Je n'ose garantir ni espérer ne plus rien avoir à bonifier en moi. Comment ne subsisterait-il pas des penchants à réfréner, à affaiblir, ou à fortifier ? C'est même la preuve d'une heureuse amélioration de se découvrir des défauts précédemment insoupçonnés. Il est des maladies où il faut se réjouir quand le malade devient conscient de son mal.
Aussi aimerais-je étendre jusqu'à toi ce changement si soudain ! Alors la confiance en notre amitié s'affermirait, j'y verrais une amitié vraie, que ni espoir, ni crainte, ni intérêt privé, ne peuvent rompre, une amitié qui ne meurt qu'avec l'homme et pour laquelle l'homme sait pouvoir se sacrifier. Bien des gens ont trouvé des amis mais pas d'amitié. Pareille mésaventure ne peut arriver à ceux associés par l'amour de la vertu. Pourquoi ? Ils savent qu'entre eux tout est commun, l'adversité plus que tout le reste.
Tu ne peux concevoir combien chaque jour m'apporte de progrès visibles. Tu vas me demander de t'envoyer ces bonnes choses si efficaces. Si c'était possible, j'en ferais volontiers une transfusion dans ton âme ; car si je me réjouis d'apprendre, c'est pour enseigner ; et nulle découverte ne me charmerait, quelque précieuse et salutaire qu'elle fût, si je devais la garder pour moi seul. Que la sagesse me soit donnée à condition de devoir la tenir cachée, ne pas révéler ses oracles, je la refuserais. Toute possession sans partage est insipide. Je t'enverrai donc des livres et les annoterai pour t'éviter de perdre du temps à chercher les propos essentiels. Toutefois, se parler de vive voix quotidiennement, vivre ensemble, te profitera plus que la lecture. Viens ! Il le faut d'abord parce qu'on croit bien plus ses yeux que ses oreilles ; de plus, la voie des préceptes est longue, celle de l'exemple courte et efficace. Cléanthe n'eût pas si bien reproduit Zénon, s'il n'eût fait que l'entendre. Il a partagé sa vie, il en pénétra les secrets détails, il observa si sa morale servait de règle à sa conduite. Platon, Aristote et tous ces futurs leaders de sectes opposées, recueillirent plus de fruits des moeurs de Socrate que de ses leçons. Métrodore, Hermarque et Polyenus sortirent grandis moins de l'école d'Epicure que de son intimité. Au reste, si je te presse de venir, ce n'est pas pour tes seuls progrès, c'est également pour les miens : le profit sera grand et réciproque entre nous.

En attendant, te devant mon petit tribut quotidien, voici ce qui m'a charmé ce jour chez Hécaton : « Tu demandes quels progrès j'ai accomplis ? Je commence à être l'ami de moi-même. » Avancée considérable : il ne sera plus jamais seul. Une telle amitié, sois-en sûr, est à la portée de tous.


[commentaires : Socrate était mort depuis 15 ans quand naissait Aristote. Donc Sénèque aurait écrit, dicté, une connerie en le prétendant avoir profité des moeurs de Socrate... Certains se gaussent de cette "pitoyable erreur" pour vilipender un penseur peu fiable... Sénèque a-t-il prononcé le nom d'Aristote à cet endroit ? Il peut s'agir d'une coquille du premier scripteur ou d'un des copistes pour en arriver au manuscrit du Moyen-Age auquel nous puisons... Ou alors, la dramatique erreur ?... Emporté par un raisonnement contestable, cette promiscuité quasi indispensable avec "le sage", Sénèque a également pu se laisser emporter par le besoin d'exemples indiscutables... et n'a pas vérifié sur wikipédia la date de naissance d'Aristote ! Au-delà de ce passage, cette lettre est l'une des plus surprenantes et maladroites par sa tentative de faire croire à une soudaine métamorphose. Et son empressement à exiger la venue de son ami semble cacher quelque chose... surtout agrémenté d'une exigence d'être prêt à mourir avec lui si nécessaire. ! On doit naturellement se souvenir des "tensions" entre le philosophe et Néron... Reconnaître ses véritables amis quand le temps nous est compté !]




LETTRE VI "ancienne version" : De la véritable amitié.

Je sens, Lucilius, non seulement que je m'amende, mais que je me transforme. Je n'ose garantir ni espérer que je n'ai plus rien à changer en moi. Qui suis-je pour qu'il n'y reste, plus nombre de penchants à contenir, à affaiblir, à fortifier ? c'est même une preuve de son heureuse métamorphose que notre âme découvre en soi des défauts qu'elle ne se savait point encore. Il est des malades que l'on félicite de bien connaître leur mal. Que je voudrais faire passer en toi le changement subit que j'éprouve ! Alors je commencerais à prendre une confiance plus ferme en notre amitié, cette amitié vraie, que ni espoir, ni crainte, ni vue d'intérêt privé ne peuvent rompre, cette amitié qui ne meurt qu'avec l'homme et pour laquelle l'homme sait mourir. Je te citerais bien des gens chez qui les amis n'ont point manqué, mais bien l'amitié. Pareille chose ne peut arriver aux âmes qu'associe la passion de l'honnête et qu'un même vouloir entraîne. Comment n'en serait-il pas ainsi ? Elles savent qu'entre elles tout est commun, les malheurs plus que tout le reste. Tu ne peux mesurer en idée ce que chaque jour m'apporte de progrès visibles pour moi.
Tu vas me dire de t'envoyer aussi cette recette dont l'épreuve m'a été si efficace. Oui vraiment, j'aspire à verser mon trésor tout entier dans ton âme ; et si je me réjouis d'apprendre, c'est pour enseigner ; et nulle découverte ne me charmerait, quelque précieuse et salutaire qu'elle fût, si je devais la garder pour moi seul. Que la sagesse me soit donnée à condition de la renfermer en moi et de ne pas révéler ses oracles, je la refuserais. Toute jouissance qui n'est point partagée perd sa douceur. Je t'enverrai donc les livres mêmes ; et pour que tu n'aies pas trop de peine à y chercher çà et là ce qui doit te servir j'y ferai des remarques qui te mèneront incontinent aux endroits que j'approuve et que j'admire : Mais nous parler de vive voix et vivre ensemble te profitera plus qu'un discours écrit. Viens voir par toi-même, il le faut d'abord parce qu'on en croit bien plus ses yeux que ses oreilles ; ensuite la voie du précepte est longue, celle de l'exemple courte et efficace. Cléanthe n'eût pas si bien reproduit Zénon, s'il n'eût fait que l'entendre. Il fut le témoin de sa vie, il en pénétra les secrets détails, il observa si sa morale servait de règle à sa conduite. Platon, Aristote et tous ces chefs futurs de sectes opposées recueillirent plus de fruit des moeurs de Socrate que de ses discours.
Métrodore, Hermachus et Poly nos sortirent grands hommes moins de l'école d'Epicure que de son intimité. Mais si je te presse de venir, ce n'est pas pour tes progrès seuls, c'est aussi pour les miens : le profit sera grand et réciproque entre nous.

En attendant, comme je te dois mon petit tribut quotidien, voici ce qui m'a aujourd'hui charmé dans Hécaton : « Tu demandes quels progrès j'ai faits ? Je commence à être l'ami de moi-même. » C'est un grand pas : Hécaton ne sera plus
seul. Un tel homme, sois-en sûr, est l'ami, de tous les hommes.


lettre suivante : fuir la foule et cruauté des spectacles de gladiateurs



Commentez :

Votre commentaire ou réflexion





sur le forum : Quand le rap français est inspiré par Sénèque
Lecture