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Sénèque : approche rapide
Lettre 1 à Lucilius, version exclusive Ternoise 2017
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le sage doit choisir un sejour conforme a ses gouts





Sénèque
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[5,51] LI. LE SAGE DOIT CHOISIR UN SEJOUR CONFORME A SES GOUTS.

Chacun fait comme il peut, mon cher Lucilius : vous avez
là-bas l'Etna, cette montagne célèbre de la Sicile, que Messala,
ou bien Valgius (ainsi l'ai-je lu dans leurs livres) a nommé
l'unique, je ne sais trop pourquoi; car les volcans ne sont pas
rares, non-seulement sur les hauteurs où on les rencontre
plus fréquemment à cause de la tendance de la flamme à s'élever,
mais même dans les terres basses. Quant à moi, il a
fallu me contenter de Baïes, que j'ai quitté le lendemain de
mon arrivée. C'est un lieu qu'il faut éviter, malgré tout ce qu'il
possède d'avantages naturels, parce que la débauche en a fait
son séjour favori.

Quoi donc! faut-il prendre les lieux en aversion? Non,
sans doute. Mais si tel vêtement sied mieux que tel autre à
l'homme sage et honnête, si, tout en n'ayant de répugnance
pour aucune couleur, ce même homme ne les regarde pas
toutes comme également compatibles avec des habitudes de
frugalité, il est aussi des pays qu'un esprit sage ou aspirant à
la sagesse évitera comme contraires aux bonnes moeurs. Ainsi
celui qui songe à la retraite ne choisira pas Canope, quoique
Canope n'ait aucune loi qui interdise la frugalité. Il ne choisira
pas non plus Baïes, qui devient le rendez-vous des vices,
Baïes où la débauche ne se refuse aucune satisfaction, où les
désordres sont tels, que la licence semble un tribut qu'on doit
à ce lieu. Dans le choix d'un séjour, nous devons avoir égard
à nos moeurs non moins qu'à notre santé. Pas plus que sur
une place d'exécutions, je ne voudrais habiter dans une taverne.
Quel besoin a-t-on de voir et des gens ivres chanceler
sur le rivage, et des repas sur l'eau, et des lacs retentissant du
bruits des concerts, et mille autres excès que la débauche,
comme si elle ne reconnaissait aucune loi, ose non-seulement
commettre, mais afficher? Nous devons nous tenir le plus possible
loin des séductions du vice. Il faut fortifier nos coeurs et
les entraîner loin des appâts de la volupté. Un seul hiver suffit
pour amollir Annibal, et ce guerrier, dont le courage avait
tenu contre les Alpes et leurs neiges, fut énervé par les délices
de la Campanie. Vainqueur par les armes, il fut vaincu par les vices.

Nous aussi, nous avons une guerre à soutenir,
une guerre qui ne nous laisse ni paix ni trêve. Il nous faut
avant tout triompher de la volupté, qui, vous le voyez, sait asservir
les coeurs même les plus farouches. Pour peu que l'on
comprenne l'étendue de la tâche que l'on s'est imposée, on
sentira qu'il faut agir sans recherche et sans mollesse. Qu'ai-je
besoin de ces étangs d'eau chaude ? de ces étuves pleines
d'une vapeur sèche qui épuise le corps? Le travail seul doit
faire couler ma sueur. Si, comme Annibal, nous nous arrêtions
en chemin ; si, négligeant la guerre, nous ne songions qu'à
prendre soin de nos corps, qui ne serait en droit de blâmer
cette nonchalance intempestive, dangereuse après la victoire,
plus dangereuse encore à qui la veut obtenir? Et pourtant, nous
avons moins de temps à perdre que ceux qui marchaient sous
les étendards de Carthage : la retraite offre plus de péril, la
persévérance plus de fatigues. Je suis en guerre avec la fortune,
et ne veux pas me soumettre ; je ne reçois pas son joug;
bien plus, par un effort de courage moins facile, je le secoue.
Est-ce le moment de me laisser aller à la mollesse? Si je cède
au plaisir, il faut céder à la douleur, céder à la fatigue,
céder à la pauvreté ; bientôt l'ambition et la colère voudront
aussi me dominer ; entre tant de passions diverses, je
serai tiraillé ; je dis plus, je serai déchiré. La liberté est mon
but, elle doit être le prix de mes efforts. Vous me demandez
en quoi consiste la liberté ? à ne dépendre ni de la nécessité,
ni des hasards; à tenir la fortune en respect. Le jour où j'aurai
reconnu qu'elle peut moins que moi, elle ne pourra plus
rien. Souffrirai-je ses caprices, quand la mort est à ma disposition ?

Pour de telles pensées, il faut choisir un séjour sérieux, un
sanctuaire. Trop de bien-être amollit le coeur; et, on n'en
saurait douter, les lieux mêmes influent sur les hommes. Les
bêtes de somme s'accommodent de tous les chemins, lorsque
leur sabot s'est endurci sur un sol raboteux; si, au contraire,
leur corne n'a foulé que l'herbe tendre des marécages, en
très peu de temps elle est usée. Les meilleurs soldats viennent
des pays de montagnes; l'homme né et élevé à la ville est dépourvu
de toute énergie. La main qui a quitté la charrue pour
les armes ne se refuse à aucune fatigue; dès la première
marche, c'en est fait du citadin aux cheveux parfumés et à
l'élégante parure. Le climat est une école rude et sauvage, il
affermit l'âme et la rend capable des plus grands efforts.

Literne était pour Scipion un exil plus convenable que Baies ;
à un pareil homme il fallait, dans sa disgrâce, une moins
molle retraite. Les hommes que la fortune du peuple romain
investit les premiers du pouvoir suprême, C. Marius, Cn. Pompée
et César, se bâtirent, il est vrai, des maisons de campagne
sur le territoire de Baies, mais ils eurent soin de les placer sur
la cime des montagnes. Il y avait quelque chose de plus militaire
à dominer ainsi sur tout ce pays d'alentour. Examines la
position, l'assiette, la forme de ces édifices, et vous les prendrez
plutôt pour des forteresses que pour des maisons de plaisance.

Pensez-vous que Caton se fût jamais établi dans le Mica,
pour voir sous ses yeux naviguer des femmes adultères? pour
suivre de ses regards des essaims de barques de toute espèce
et de toute couleur sur un lac parsemé de roses? pour entendre
pendant la nuit des voix confuses de chanteurs ? N'eût-il pas
mieux aimé rester toute sa vie dans un retranchement, que
de demeurer une seule nuit dans un pareil lieu ? Et qui de
nous, s'il est homme, n'aimera mieux être éveillé par la trompette
que par une symphonie?

Mais en voilà assez contre Baies, sinon contre les vices.
Je vous en conjure, mon cher Lucilius,
poursuivez les vôtres sans mesure et sans fin, car les vices ne
connaissent ni fin ni mesure. Arrachez de votre ceeur ceux qui
le dévorent; et si vous ne pouvez les déraciner, arrachez plutôt
votre cceur avec eux. Rejetez surtout loin de vous les voluptés,
comme vos plus cruelles ennemies : semblables à ces voleurs
que les Egyptiens appellent philètes, elles ne nous embrassent
que pour nous étouffer.


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