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Sénèque : approche rapide
Lettre 1 à Lucilius, version exclusive Ternoise 2017
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le plus grand nombre ne connait pas ses defauts





Sénèque
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[5,50] L. LE PLUS GRAND NOMBRE NE CONNAIT PAS SES DEFAUTS ;
TANT QU'ON S'EN APERÇOIT, IL EST ENCORE DU REMÈDE.

Je n'ai reçu votre lettre que plusieurs mois après son envoi,
J'ai donc cru ne devoir point interroger le porteur sur votre
manière de vivre ; il lui faudrait, pour se la rappeler, bien de
la mémoire. Telle est cependant, je l'espère, votre conduite,
que, partout où vous êtes, je puis, sans qu'on me le dise, savoir
ce que vous faites. Que pourriez-vous faire, en effet, sinon
de travailler à vous rendre chaque jour meilleur, à. vous dépouiller
de quelques-unes de vos erreurs, à comprendre qu'ils
viennent de vous, ces vices que vous attribuez aux choses?
Vainement nous les mettons sur le compte des lieux et des années;
nous avons beau nous déplacer, ils nous suivent. Vous
savez que j'ai gardé chez moi, comme une des charges de la
succession, Harpaste, la folle de ma femme ; car, pour moi, j'ai
la plus grande aversion pour de tels monstres; et si je veux
m'amuser d'un fou, je ne vais pas le chercher bien loin ; je ris
de moi-même. Harpaste a perdu tout à coup la vue ; voici un
fait incroyable, mais très vrai: elle ne sait pas qu'elle est
aveugle, et ne cesse de prier son guide de déménager: « Dans
la maison, dit-elle, on ne voit goutte.
» Nous rions d'elle, et
autant nous en arrive tous les jours. Personne ne se voit
avare, personne ambitieux. Et encore les aveugles prennent
un guide; mais nous, nous errons sans conducteur, et nous
disons : Ambitieux, je ne le suis pas; à Rome on ne peut vivre
autrement. Je ne suis pas prodigue, c'est la ville elle-même
qui exige ces grandes dépenses. Si je suis emporté, si je n'ai
point encore adopté un plan de vie réglé, la faute n'en est pas
à moi, mais à la jeunesse.

Pourquoi nous faire illusion? Notre mal n'est pas au dehors,
il est au dedans de nous-mêmes : il a son siège dans nos entrailles.
Si nous recouvrons difficilement la santé, c'est que
nous ne nous savons pas malades. Même à l'entreprendre sur-le-champ,
combien de temps faudrait-il pour obtenir la guérison
de tant de maladies, de tant d'humeurs corrompues? Et l'on
n'appelle pas même le médecin, qui aurait beaucoup moins à
faire, si le mal n'était pas ancien. Ignorante et docile, la jeunesse
suivrait qui lui montrerait le droit chemin. On ne ramène
difficilement à la nature, que celui qui s'en est écarté. Nous
rougissons d'apprendre la vertu, comme si pour un tel art il
était honteux de prendre un maître! N'espérez pas que le hasard
la fasse descendre en pluie dans votre âme : il y faut du travail;
mais la peine, à vrai dire, n'est pas grande: il suffit de commencer
à réformer, à corriger notre âme, avant qu'elle soit endurcie
dans le vice. L'endurcissement lui-même, je n'en désespérerais
pas; il n'est rien dont ne puissent triompher la
persévérance, l'attention, les soins soutenus. Les bois les plus
durs, quelque tortus qu'ils soient, peuvent être redressés; les
poutres recourbées cèdent à l'effet de la chaleur, et, perdant
leur forme naturelle, se plient à l'usage que nous en voulons
faire. Combien l'âme reçoit plus facilement les impressions !
combien elle est plus souple, plus flexible que les corps les
plus mous! Qu'est-ce en effet que l'âme, sinon un air modifié?
or, vous le savez, l'air est de tous les corps le plus léger, et
partant le plus souple. Ce ne doit pas être pour vous, mon
cher Lucilius, un motif de désespérer d'un homme, parce qu'il
est ou qu'il aura été livré à la dépravation. La sagesse vient
toujours après la folie : c'est notre tâche d'apprendre la vertu,
de désapprendre le vice ; mais ce qui nous doit encourager,
c'est qu'une fois acquise, la sagesse reste toujours. La vertu ne
se désapprend pas. Le vice est dans l'âme une plante étrangère;
aussi on l'en arrache, on l'en bannit aisément. La vertu
tient plus fortement ; elle se trouve sur son terrain. Elle est
dans l'ordre de la nature; le vice lui est contraire et ennemi.
Mais si une fois entrée dans l'âme la vertu n'en sort plus, si
elle se garde facilement, on n'y arrive pas sans peine, car le
premier mouvement d'une âme faible et malade est de craindre
ce qu'elle ne connaît pas. Il faut donc employer la violence
pour la mettre dans la voie; puis la médecine n'aura plus d'amertume :
dès qu'elle opère, elle plaît. Les autres remèdes ne
font plaisir qu'après la guérison : la philosophie est tout ensemble
salutaire et agréable.


lettre suivante : le sage doit choisir un sejour conforme a ses gouts



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