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Sénèque : approche rapide
Lettre 1 à Lucilius, version exclusive Ternoise 2017
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la vie est courte ne point la depenser en futilites





Sénèque
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[5,49] XLIX. LA VIE EST COURTE; NE POINT LA DEPENSER EN FUTILITES.

Sans doute, mon cher Lucilius, il y a de l'apathie et de l'indifférence
à ne se rappeler son ami qu'à la vue de certains
lieux; il peut se faire cependant que ces lieux, naguère par lui
fréquentés, raniment en nous le chagrin de son absence; ils
ne ressuscitent pas un souvenir éteint, ils réveillent un souvenir
assoupi. Ainsi, après la perte d'un être chéri, notre douleur,
bien qu'adoucie par le temps, renaît à l'aspect de son esclave,
de sa maison, de l'habit qu'il portait. Cette Campanie que
voici, et surtout cette ville de Naples, en vue de vos chers
Pompéïes, vous ne sauriez croire à quel point elles me rendent
présent le chagrin de la séparation. Vous êtes là, devant moi; il
faut m'arracher de vos bras; je vous vois, dévorant vos larmes,
et à demi vaincu parla douleur qui se trahit à travers vos efforts.
Il me semble que c'est d'hier que je vous perdis.

Eh! à bien y réfléchir, tout n'est-il pas hier? Hier, enfant,
j'étais assis à l'école de Sotion; hier, j'ai plaidé ma première
cause; hier, j'ai cessé de vouloir plaider; hier, de le pouvoir.
La rapidité du temps est incroyable ; pour s'en rendre compte,
il faut regarder en arrière; car, si nous l'observons dans le
présent, elle échappe à notre vue, tant est fugitive la trace
d'un vol aussi prompt! Vous en demandez la cause? c'est que
tout le passé se rassemble en un même espace, présente le
même aspect, et gît confondu, pour tomber dans les abîmes
du néant. Dans un tout si petit, les parties ne peuvent être
longues. Notre vie n'est qu'un point, et moins encore; mais
ce point, en le divisant, la nature lui a donné une apparence
d'étendue. Elle y a distingué l'enfance, l'adolescence, la jeunesse,
le passage de la jeunesse à la vieillesse, enfin la vieillesse
elle-même. Que de parties dans l'infinie petitesse! Hier, je
vous reconduisais; et, hier, est une grande partie de notre vie,
qui bientôt ne sera plus. Autrefois le temps me paraissait
moins rapide; maintenant sa vitesse me confond, soit que je
sente approcher mon terme, soit que je commence à examiner,
à calculer mes pertes.

Et voilà ce qui m'indigne contre certains philosophes : ce
temps (qui, soigneusement ménagé, suffit à peine au nécessaire),
l'employer en grande partie à des superfluités ! Cicéron
nous assure que, « dût-on lui doubler le nombre de ses années,
il n'aurait pas le temps de lire les lyriques.
» Il pouvait dire :
Ni les dialecticiens. Ce ne sont que des fous plus tristes. Les
premiers avouent leur folie; les seconds se croient de quelque
importance. Leur art mérite bien l'attention, mais l'attention
d'un moment; il faut le saluer, mais de loin, uniquement
pour n'y être pas pris, et pour reconnaître qu'il n'a ni une
grande ni une utile propriété. Pourquoi vous tourmenter, vous
dessécher sur une question qu'il y aurait plus d'adresse à mépriser
qu'à résoudre.Celui qui déménage tranquillement et à
son aise peut ramasser jusqu'à ses moindres effets; mais quand
l'ennemi vous presse, quand le signal de la retraite est donné,
la nécessité fait jeter à la hâte le butin recueilli pendant les
loisirs de la paix. Non, je n'ai pas le temps de rechercher des
mots à double sens, pour exercer sur eux ma subtilité.
Voyez courrir le peuple et border les remparts ;
Voyez le fer aigu briller de toutes parts
.

C'est un grand courage qu'il me faut pour entendre sans
effroi ce fracas de la guerre. Quand les femmes et les vieillards
entassent des pierres sur les retranchements ; quand la jeunesse
en armes derrière les portes attend et demande le signal
du combat, que le fer de l'ennemi brille sous les murs, que le
sol lui-même tremble ébranlé par la mine, n'y aurait-il pas de
la folie à rester tranquillement assis, proposant de pareilles
questions : Ce que vous n'avez pas perdu, vous l'avez; or, vous
n'avez pas perdu des cornes, donc vous avez des cornes
; et mille
autres visions subtiles d'un esprit en délire. Et certes, vous
me tiendriez pour également fou de m'en occuper. Moi aussi
on m'assiège, avec cette différence que le péril ne me vient
pas du dehors, qu'un mur ne me sépare pas de l'ennemi, mais
que la mort me menace au dedans. Je n'ai pas de temps pour
ces futilités; j'ai sur les bras une grande affaire. Que devenir?
la mort me presse, la vie m'échappe. Venez à mon aide; dites-moi
comment ne pas fuir la mort, comment retenir la vie ?
Enseignez-moi la fermeté en présence des choses difficiles; et,
en présence des maux inévitables, reculez pour moi les bornes
du temps ; apprenez-moi que le bonheur de la vie ne consiste
pas dans sa durée, mais dans l'usage qu'on en fait; qu'il est
possible, et même ordinaire, d'avoir une vie à la fois longue
et courte. Dites-moi, quand je vais dormir : Tu peux ne plus
te réveiller; et, quand je me réveille: Tu peux ne plus dormir,
quand je sors : Tu peux ne plus rentrer ; et, quand je rentre
Tu peux ne plus sortir. Croyez-moi, ce n'est pas sur les flots
seulement qu'une planche nous sépare de la mort; partout,
entre elle et nous, l'intervalle est également court : elle ne se
montre pas partout aussi proche, mais elle l'est partout. Dissipez
les ténèbres qui me la cachent, et vous transmettrez plus
facilement la vérité à un auditeur désormais préparé. La nature
nous a faits dociles; elle nous a, donné une raison imparfaite,
mais perfectible. Enseignez-moi la justice, la piété, la
frugalité, la double continence, et celle qui respecte autrui, et
celle qui se respecte elle-même. Epargnez-moi les détours, et
j'arriverai plus facilement au terme. Car, suivant un tragique,
La vérité parle sans artifice.
Il ne faut donc pas l'embarrasser ; rien en effet de plus contraire
à l'enthousiasme des grandes choses, que cette subtilité
voisine de la fourberie.


lettre suivante : le plus grand nombre ne connait pas ses defauts



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