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Sénèque : approche rapide
Lettre 1 à Lucilius, version exclusive Ternoise 2017
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dieu reside dans homme de bien





Sénèque
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[4,41] XLI. DIEU RESIDE DANS L'HOMME DE BIEN.

Votre conduite est louable, elle est salutaire, si, comme vous
le dites, vous continuez à marcher vers la perfection. Il est insensé
de la demander aux Dieux, quand on peut la tenir de
soi-même. A quoi bon élever vos mains vers le ciel? supplier
le gardien du temple de vous approcher du simulacre, afin
d'en être mieux entendu ? Dieu est près de vous, il est avec
vous, il est en vous. Oui, Lucilius, un esprit saint réside en
nous, qui observe et note nos bonnes et nos mauvaises actions.
Comme nous l'avons traité, il nous traite à son tour. Point
d'homme de bien en qui Dieu ne réside. Sans cet appui, comment
s'élever au-dessus de la fortune ? De lui nous viennent
les nobles conseils, les hautes inspirations. Dans le coeur de
tout homme de bien,
Habite un Dieu : quel est-il ? on l'ignore.

S'il s'offre à vos regards une forêt peuplée d'arbres antiques
dont les cimes montent jusqu'aux nues, et dont les rameaux
entrelacés ferment l'accès à la clarté du jour, cette hauteur
prodigieuse, le mystère de cette solitude, ces masses imposantes
de verdure qui s'étendent à perte de vue, tout vous révélera
la présence d'une divinité.

Et cette caverne dont le temps a miné les flancs, et au-dessus de laquelle
s'élève une montagne, pour ainsi dire suspendue dans les airs, cette
caverne que n'a pas faite la main de l'homme, mais que la nature
a si profondément creusée, n'inspirera-t-elle pas à votre
âme une religieuse terreur? Les sources des grands fleuves
sont l'objet de notre culte; l'éruption subite d'une rivière souterraine
a fait dresser des autels ; on vénère les fontaines
d'eaux chaudes, et il est des marais qu'a consacrés leur profondeur
immense, ou la sombre épaisseur de leurs eaux.

Si vous voyez un homme que n'effraye aucun péril, que ne souille
aucune passion, heureux dans l'adversité, calme au sein des
tempêtes, qui voit les hommes à ses pieds, les dieux à son
niveau, ne serez-vous pas saisi d'admiration pour lui ? ne
direz-vous pas : Il y a dans cet être quelque chose de grand,
de sublime, qui ne saurait être de même nature que ce misérable corps?

Ici Dieu se révèle. Oui, une âme grande et modérée qui regarde en pitié
toutes les choses d'ici-bas, qui se rit des sujets de nos craintes et de nos espérances,
est mue par une impulsion divine. Sans l'appui de la divinité, comment
se maintiendrait-elle à cette hauteur ? La plus belle partie de
cet être est donc au lieu de son origine. Les rayons du soleil
touchent la terre, mais tiennent encore au foyer d'où ils émanent ;
de même cette âme sublime et sainte envoyée sur la
terre pour nous montrer la divinité de plus près, tout en vivant
au milieu de nous, reste encore attachée à la céleste patrie.
Elle y tient, elle la regarde, elle y aspire ; c'est un génie supérieur
descendu parmi nous. Quelle est cette âme ? celle qui
ne se repose que sur ses propres biens.

Quelle folie en effet d'admirer dans un homme ce qui lui
est étranger! de s'extasier devant ce qui peut en un moment
passer à un autre ! Le frein d'or ne rend point un cheval meilleur.
Autre est le lion à la crinière dorée, que l'on manie, que
l'on force à subir l'affront d'une parure qui l'outrage ; autre le
lion du désert, la crinière en désordre, avec sa rude et sauvage fierté.
Voyez-le : il bondit, il se précipite; il est tel que la
nature l'a fait, terrible, mais beau de la terreur qu'il inspire.
Quel contraste avec cet animal languissant et couvert d'or !

On ne doit se glorifier que de ce qui est sien. On aime une
vigne dont les sarments sont chargés de grappes, dont les appuis
succombent sous le faix. Ira-t-on lui préférer une vigne, au
raisin, au feuillage d'or? Non, le mérite de la vigne est dans sa
fertilité ; chez l'homme, il faut louer ce qui est de l'homme. Il
a de beaux esclaves, un palais magnifique, des moissons abondantes,
un ample revenu; tout cela n'est pas lui, mais bien
son entourage. Admirez en lui ce qu'on ne peut ni lui donner
ni lui ravir, ce qui est propre à l'homme ; c'est-à-dire son âme,
et, dans son âme, la sagesse.

L'homme est un être raisonnable ; il fait son bonheur en remplissant sa
destination. Or, que veut de lui la raison? Rien que de très facile; qu'il vive
conformément à sa nature. Mais la folie générale y met de
grands obstacles ; on se pousse mutuellement au vice; et comment ramener
à la raison des hommes que personne ne retient, et que la foule entraine?


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