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Sénèque : approche rapide
Lettre 1 à Lucilius, version exclusive Ternoise 2017
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Sur l'emploi du temps... Que faire de son temps ?





Sénèque
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La plus grande partie de la vie se passe à mal faire...

LIVRE I.

LETTRE I : Sur l'emploi du temps.


Version 2017, par Stéphane Terdream :


De l'utilisation du temps.


Oui, mon cher Lucien, réapproprie-toi ta vie.

Le temps, tu te le laisses ravir par les affaires publiques, dérober par des futilités ou s'évaporer en distractions, reprends-le et ménage-le.
Sois-en convaincu : des heures nous sont subtilisées de force, d'autres par surprise, d'autres filent entre nos doigts. Mais la perte la plus risible est celle issue de notre frivolité ; et si on se laisse dériver, la plus grande partie de la vie passe à mal faire, une grande partie à ne rien faire, et la totalité à faire autre chose que ce que l'on devrait, à ne jamais vraiment être à ce que l'on fait.

Cette traduction en audio, vidé... depuis... juin 2017.


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Trouve-moi donc un homme capable d'apprécier le temps, d'estimer les jours et comprenant qu'il meurt un peu à chaque instant !

Notre grossière erreur, en effet, est de voir la mort uniquement devant nous : elle est déjà derrière en grande partie ; tout notre passé lui appartient.

Agis donc, mon cher Lucien, comme tu me l'écris : sois complètement maître de toutes tes heures ; saisis-toi du présent, tu dépendras moins de l'avenir. À toujours ajourner, la vie passe.

En vérité, rien ne nous appartient plus que le temps ; c'est même l'unique bien offert par la nature ; fugitif et insaisissable, le premier venu peut nous le ravir !

Oh folie des mortels : pour des bagatelles on se croit une dette, l'obligé du "bienfaiteur".
Mais le cadeau, le bienfait du temps, personne ne s'en croit redevable ; c'est pourtant le seul bien impossible à rendre.

Tu me demanderas peut-être : « Et toi, avec ces si beaux principes, comment vis-tu au quotidien ? »
Je te l'avouerai franchement : comme un riche dépensier ; mais avec ordre, notant chaque dépense.
Impossible de m'honorer de ne rien perdre mais ce que je perds, je sais pourquoi et comment.
Je peux t'expliquer les causes de ma pauvreté : me voici dans le cas de la plupart des malheureux, ruinés sans avoir commis de grandes fautes ; ainsi tout le monde t'excuse, personne ne t'aide.
Mais bon ! Je n’estime point pauvre qui, si peu qu’il lui reste, s'en accommode.

Quant à toi, mieux vaudrait, dès maintenant, ménager ton bien, et mettre à profit ton précieux temps.
En effet, comme l’avaient déjà compris nos ancêtres : « Tardive est l'épargne quand vient le fond du vase. » Car au fond, non seulement il reste peu, mais la qualité est moindre.


-- --- ---

LIVRE I.

LETTRE I : Sur l'emploi du temps.

Traduction réalisée par Joseph Baillard et publiée par L. Hachette et cie à partir de 1861.
Suis ton plan, cher Lucilius ; reprends possession de toi-même : le temps qui jusqu’ici t’était ravi, ou dérobé, ou que tu laissais perdre, recueille et ménage-le. Persuade-toi que la chose a lieu comme je te l’écris : il est des heures qu’on nous enlève par force, d’autres par surprise, d’autres coulent de nos mains. Or la plus honteuse perte est celle qui vient de négligence et, si tu y prends garde, la plus grande part de la vie se passe à mal faire, une grande à ne rien faire, le tout à faire autre chose que ce qu’on devrait. Montre-moi un homme qui mette au temps le moindre prix, qui sache ce que vaut un jour, qui comprenne que chaque jour il meurt en détail ! Car c’est notre erreur de ne voir la mort que devant nous : en grande partie déjà on l’a laissée derrière ; tout l’espace franchi est à elle.

Persiste donc, ami, à faire ce que tu me mandes : sois complètement maître de toutes tes heures. Tu dépendras moins de demain si tu t’assures bien d’aujourd’hui. Tandis qu’on l’ajourne, la vie passe. Cher Lucilius, tout le reste est d’emprunt, le temps seul est notre bien. C’est la seule chose, fugitive et glissante, dont la nature nous livre la propriété ; et nous en dépossède qui veut. Mais telle est la folie humaine : le don le plus mince et le plus futile dont la perte au moins se répare, on veut bien se croire obligé pour l’avoir obtenu ; et nul ne se juge redevable du temps qu’on lui donne, de ce seul trésor que la meilleure volonté ne peut rendre.

Tu demanderas peut-être comment je fais, moi qui t’adresse ces beaux préceptes. Je l’avouerai franchement : je fais comme un homme de grand luxe, mais qui a de l’ordre ; je tiens note de ma dépense. Je ne puis me flatter de ne rien perdre ; mais ce que je perds, et le pourquoi et le comment, je puis le dire, je puis rendre compte de ma gêne. Puis il m’arrive comme à la plupart des gens ruinés sans que ce soit leur faute : chacun les excuse, personne ne les aide. Mais quoi ! je n’estime point pauvre l’homme qui, si peu qu’il lui demeure, est content.
Pourtant j’aime mieux te voir veiller sur ton bien, et le moment est bon pour commencer. Comme l’ont en effet jugé nos pères : ménager le fond du vase, c’est s’y prendre tard. Car la partie qui reste la dernière est non seulement la moindre, mais la pire.



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En 1887 Paul-Dominique Bernier (1850-1922) publiait à la "librairie Poussielgue frères" une traduction des 16 premières lettres à Lucilius.

Son approche me semble très intéressante :

Sur l'emploi du temps.

(Le temps s'écoule et la mort approche. La perte du temps est honteuse et irréparable. Le moment est venu pour Lucius de le ménager)

Oui, mon cher Lucilius, reprends possession de toi-même. Le temps que jusqu'ici tu te laissais enlever (par les affaires publiques), que tu te laissais dérober (par des frivolités) ou qui t'échappait, recueille-le et ménage-le. Sois-en persuadé, il en est comme je te le dis : certains de nos instants nous sont arrachés (de force), d'autres nous sont ravis (par surprise), d'autres s'écoulent (à notre insu). Pourtant c'est une perte bien honteuse que celle qui a pour cause la négligence; et réfléchis-y : la plus grande partie de la vie se passe à mal faire, une grande partie à ne rien faire, et la totalité à faire autre chose que ce que l'on devrait faire.
Trouve-moi donc un homme qui mette quelque prix au temps, qui sache estimer un jour et comprendre qu'il meurt à chaque instant.
Notre erreur, en effet, est de ne voir la mort que devant nous : elle est déjà derrière en grande partie; tout notre passé lui appartient. Agis donc, mon cher Lucilius, comme lu l'écris; recueille toutes tes heures : maître d'aujourd'hui, tu dépendras moins de demain. On diffère de vivre, et la vie s'écoule.

Tout nous est étranger, mon cher Lucilius; le temps seul est à nous ; c'est l'unique bien, bien fugitif et insaisissable, dont la nature nous ait mis en possession, et le caprice du premier venu peut nous le soustraire. Or vois la folie des mortels : les objets les plus chétifs et les plus vils, dont au moins la perte est réparable, on se les laisse porter en ligne de compte lorsqu'on les a obtenus ; mais le bienfait du temps, personne ne s'en croit redevable ; et pourtant c'est la seule obligation que la reconnaissance même ne puisse acquitter. Tu me demanderas peut-être : « Et toi qui donnes de si belles leçons, comment fais-tu ? » Je te l'avouerai sans détour : comme un riche dépensier, mais exact (à tenir ses registres), je me rends compte de ma dépense. Je ne puis dire que je ne perds rien ; mais ce que je perds, pourquoi et comment je le perds, je puis le dire ; je suis en mesure d'expliquer les causes de ma pauvreté.
Je suis dans le cas de la plupart des malheureux, ruinés sans qu'il y ait de leur faute. Tout le monde les excuse, personne ne les assiste. Où veux-je donc en venir? A mon avis, celui-là n'est pas pauvre, qui, si peu qu'il lui reste, sait s'en contenter. Quant à toi, je préfère pourtant que tu ménages ton bien : le moment est venu de te mettre à l'oeuvre. Nos ancêtres ont raison : « Tardive est l'économie qui porte sur le fond (du vase). » Car au fond (du vase) non seulement il reste peu, mais ce peu est ce qu'il y a de pire. Adieu.



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Votre commentaire ou réflexion


- le 08 janvier 2016 à 09 heures 25
François : L'approche de Paul-Dominique Bernier est très bonne.





- le 30 novembre 2009 à 10 : 09
par Alain : J'AIME BIEN AUSSI LA TRADUCTION débutant par :
revendique ta propriété sur toi-même...
Alain




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